L’ode maritime a cent ans.
Quel est ce Pessoa qui dérange le siècle ? Quel est ce truc enfantin qu’il a inventé, d’être plusieurs à lui seul ? Et nous qui nous disons complexes et multiples, pourquoi ne parvenons nous pas à cette hétéronymie radicale qui est la trouvaille de ce poète portugais, désireux d’enrichir sa langue de trois ou quatre aussi grands poètes que lui, étant aussi grand qu’eux tous ?
Alvaro de Campos, l’un de ces « hétéronymes » à qui Pessoa invente un nom, une vie et une oeuvre, écrit en 1909, une Ode maritime que Claude Régy met en scène et que dira Jean Quentin Chatelain. Que Claude Régy rende hommage à Pessoa, c’est dans l’ordre poétique.
Qu’il ait choisi pour cela l’un des plus beaux poèmes du monde, c’est un bon présage. Que ce poème soit dit par un grand acteur en ce début du XXIe siècle, c’est une chance.
En 1909, tous les espoirs étaient-ils permis ? En 2009, tous les désespoirs sont-ils obligés ?
C’est une question qu’Alvaro de Campos posera à notre siècle inquiétant-intranquille. Lui qui dit aussi dans cette Ode Maritime :
« Les voyages d’aujourd’hui sont aussi beaux qu’ils étaient auparavant.
Et un navire restera toujours aussi beau par le seul fait que c’est un navire
Voyager, c’est encore voyager et le grand large est toujours là comme autrefois
Nulle part, grâce à Dieu ! »
François Regnault